Sortie-découverte proposée par Hugues Piolet, le samedi 12 septembre 2026. Commentaires géologiques : Geneviève Barbier. Photos : Bernard Guillet. Compte-rendu : Hugues Piolet.

Le 1er mars 2026, nous avions visité le sud-ouest du plateau de Saint-Restitut, depuis le village troglodyte de Barry jusqu’aux grandes carrières de Sainte-Juste qui surplombent Saint-Paul-Trois-Châteaux. Cette fois, direction le nord-est du plateau pour y découvrir Saint-Restitut, un village pittoresque dont l’histoire est intimement liée à l’exploitation de la pierre du Midi.

Après avoir pris notre café à l’accueillant restaurant Sidoine, nous avons commencé notre parcours par les petites carrières qui entourent le village. Ces carrières à ciel ouvert sont probablement les premières à avoir été exploitées sur le plateau, car elles sont les plus accessibles depuis Saint-Paul, la ville voisine. Les carriers vivaient au plus près de leur lieu de travail, et c’est ainsi que s’est développé Saint-Restitut.

Nous avons marché jusqu’à la carrière de la Barrière, ainsi nommée à cause de la longueur des “barres” qu’on y extrayait. La qualité du calcaire, que l’on peut encore bien observer sur le front de taille, permettait de tailler des blocs longs et néanmoins solides. Non loin de là, la Carrière du four à chaux tire son nom du bâtiment où les déchets d’exploitation de la pierre du Midi étaient chauffés pour être transformés en chaux. Rien ne se perdait !… Les ruines de ce four du 19e siècle sont encore visibles aujourd’hui le long de la route. Dans la carrière elle-même, les murs de pierre de la maison du contremaître sont toujours debout.

La visite s’est poursuivie de l’autre côté du vallon, avec l’observation du front de taille qui a donné son nom à l’une des rues du village. C’est probablement l’une des plus anciennes carrières. Son “front” est percé de quelques “baumes” (petites salles taillées dans la roche), comme dans la… rue de la Baume.

Nous nous sommes ensuite dirigés vers le centre du village pour y admirer la très curieuse tour funéraire du 11e siècle. Cette tour abritait les reliques de Saint Restitut, saint local assimilé à l’aveugle Sidoine, auquel Jésus aurait « restitué » la vue. La frise sculptée à mi-hauteur montre des scènes tirées de l’Apocalypse de Saint Jean, ainsi que les signes du Zodiaque. On y voit aussi une scène profane : des carriers au travail, avec leurs pics.

En passant derrière l’église, nous avons pu admirer la Maison de la Tour et sa façade datant de la Renaissance. Cet édifice, comme toutes les maisons anciennes de Saint-Restitut ou de Saint-Paul, fut bâti avec les pierres du Midi extraites des carrières locales.

Après avoir traversé les rues pittoresques du village (classé “petite cité de caractère” en 2025), nous avons franchi l’ancienne enceinte médiévale et marché jusqu’à la chapelle du Saint-Sépulcre. Ce monument de style gothique a été bâti en 1508 par Guillaume Adhémar, évêque du Tricastin. Son curieux plan hexagonal est censé rappeler la rotonde du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

L’heure du déjeuner étant venue, nous avons pique-niqué non loin de la chapelle, sur un vaste affleurement de grès. Ce grès (ou plus exactement cette “molasse gréseuse verdâtre”) est situé juste en-dessous de la couche de calcaire exploitée sous le nom de “pierre du Midi”.

Derrière la chapelle démarre l’ancien sentier menant à Saint-Paul. Nous l’avons descendu sur quelques dizaines de mètres, pour aller observer l’étage géologique inférieur : celui de l’Éocène, avec ses couleurs bariolées. Ces roches ocreuses, très présentes au pied du plateau de Saint-Restitut, sont très friables et furent exploités comme sablières. Nous y avons remarqué une couche très nette de conglomérat, une discordance qui a suscité dans notre groupe beaucoup de questions !

En remontant sur le plateau, nous avons repris nos voitures pour nous diriger vers la carrière Albert Hugues (ou puits Laye), qui longe la route du Belvédère. Cette ancienne carrière souterraine est restée, paraît-il, dans l’état où elle a été abandonnée en 1914. Des blocs de pierre du Midi y attendent toujours leur livraison. Les deux puits d’accès, d’une trentaine de mètres de profondeur, sont encore surmontés de leurs portiques de levage.

Un peu plus loin, dissimulée par la forêt, une grande tranchée nous mène à un autre puits profond. C’est encore une carrière souterraine, gardée cette fois par une curieuse maison de contremaître. Ce modeste bâtiment est en effet décoré comme un hôtel particulier : corniche concave cache-gouttière, chaînage d’angle harpé, voûtes en anse de panier pour la fenêtre et la porte. Il semble que les carriers qui l’ont construite ont eu à cœur de montrer tout leur talent de tailleurs de pierre.

Poursuivant notre marche à travers les plantations de chênes truffiers et la chênaie sauvage, nous tombons sur un quatrième puits, dont les souterrains semblent reliés à la grande carrière Sainte-Juste toute proche. Le portique de levage est, ici aussi, assez bien conservé et un nombre impressionnant de cubes de pierre sont encore rangés en ligne.

La visite s’est terminée sur le flanc sud-est du plateau d’où l’on aperçoit, entre autres, le mont Ventoux et les Dentelles de Montmirail. La route qui descend de Saint-Restitut vers Bollène traverse un affleurement de grès qui rappelle les safres de Nyons. La pierre grise y ondule bizarrement, sculptée et arrondie par l’érosion.

Retrouvez tous les sites à visiter sur le plateau de Saint-Restitut sur notre carte interactive https://cesn2607.fr/2025/11/06/le-massif-de-saint-restitut-la-carte-interactive/
