Carte réalisée par Hugues Piolet. Reproduction interdite.
Note : un résumé de la conférence du 12 mai 2026, consacrée aux «merveilles naturelles les plus étonnantes d’Espagne», est disponible au bas de cette page.
Dans la carte ci-dessous : une sélection de plus de 630 merveilles naturelles visibles en Espagne, au Portugal et dans leurs territoires ultramarins (Canaries, Baléares, Açores, Madère). Certaines merveilles « naturelles » peuvent avoir une origine humaine (arbres remarquables, paysages miniers, etc.) Cliquez sur les points de repère pour faire apparaître la fiche de chaque site. Sauf exceptions, la position des sites est exacte. Les noms sont donnés dans leur langue d’origine, afin de les retrouver plus facilement sur le terrain ou sur Internet. En visitant les lieux, respectez la nature et la propriété privée. Soyez attentif à votre sécurité et à celle des autres.
Les merveilles naturelles les plus étonnantes d’Espagne, conférence du 12 mai 2026 à la mairie de Bourg-lès-Valence.
D’un point de vue géologique, la Péninsule ibérique se divise en deux parties presque égales : l’Ouest est pour l’essentiel composé de roches métamorphiques (surtout du granite), alors que l’Est est fait de roches sédimentaires (calcaire, grès, argile…) On trouve aussi de petites régions volcaniques comme la Garrotxa, le Cabo de Gata, le Campo de Calatrava.
En affleurant à la surface, les roches vont produire des paysages très différents les uns des autres. Elles déterminent aussi l’économie des régions, avec l’agriculture ou les industries extractives (mines et carrières).
Commençons par le granite, avec La Pedriza (province de Madrid), une des plus grandes formations de ce type en Europe. La Pedriza est issue d’un batholite, une très ancienne poche de magma entourée de roches métamorphiques. Grâce à la tectonique et à l’érosion, ce batholite est aujourd’hui apparu à l’air libre.
Dans ce secteur de la Sierra de Guadarrama, le granite se présente comme un chaos de blocs dont certains sont de véritables monolithes mesurant plusieurs centaines de mètres de hauteur. C’est le cas d’El Yelmo, dont le nom évoque plutôt la forme d’un casque. On y distingue une érosion en cannelures, causée par l’acidité de la pluie, et une desquamation typique du granite : de grandes écailles y sont détachées par la différence de température entre la surface et l’intérieur du rocher.
L’exemple le plus spectaculaire de cette desquamation est El Hueso (l’Os), appelé aussi El Peñalarco (l’Arche de Pierre), une « écaille » formant une arche de plusieurs dizaines de mètres de longueur. L’érosion a également créé plusieurs sculptures remarquables comme El Elefantito (l’Éléphanteau) ou la Piedra Caballera (la Pierre Cavalière), un des nombreux blocs de granite en équilibre.
Il y a de nombreuses autres pierres en équilibre à voir dans les régions granitiques d’Espagne et du Portugal, comme El Canto del Peso (le Rocher de la Balance), lui aussi proche de Madrid. Sa particularité est d’être composé de deux rochers, en équilibre l’un sur l’autre.
Le granite peut être aussi sculpté par l’eau des torrents, ou plutôt par le choc des galets qui y circulent. Cette érosion mécanique creuse ce que l’on appelle des marmites de géants, comme les Ollas (marmites) de la Sapa dans la province de Salamanque. Dans ce torrent, on observe aussi des diaclases (fissures) orthogonales et des écailles de desquamation.
Malgré tout, le granite reste une roche dure, qui s’érode très lentement. C’est pourquoi on y trouve quelques hautes cascades, comme les impressionnantes chutes du Pozo de los Humos (le Puits des Fumées, lui aussi dans la province de Salamanque). Le rio Uces tombe de plus de 40 m de hauteur avant de rejoindre le grand fleuve Douro, deux kilomètres plus loin.
En parlant de chutes, il faut savoir que la plus haute d’Espagne est le Salto del Nervión (prov. de Guipuscoa) avec ses 222 m de hauteur. Mais pas de granite dans ces montagnes du Pays basque: ici, il s’agit d’alternances de marne et de calcaire. Le torrent Nervión, sorti d’une résurgence toute proche, y a creusé une immense reculée.
On ne peut citer toutes les cascades d’Espagne, tant elles sont nombreuses, mais signalons le Salt (le Saut) de la Pixera (prov. de Tarragone), qui a la particularité de s’inverser quand la Tramontane souffle fort. Le vent s’engouffre dans une cavité creusée sous la cascade et projette l’eau vers le ciel.
Non loin de là, près de Barcelone, la rivière Tenes et ses affluents ont creusé des canyons tortueux. On peut y voir trois des plus belles chutes du pays : celles du Tenes, du Rossinyol et du Gat. Le Salt d’Aigua del Tenes, à Sant Miquel del Fai, est la chute la plus haute avec ses trois sauts totalisant 120 m de hauteur. Dans ce milieu calcaire, les cascades sont pétrifiantes : on remarque la présence de nombreuses tuffières et autres édifices de travertin. On peut aussi visiter de petites grottes ainsi qu’un ermitage suspendu à la falaise.
Beaucoup plus au Sud, dans la province de Malaga, une autre cascade pétrifiante offre une particularité rare : elle s’écoule directement dans la mer. C’est la Cascada de Maro. On ne peut l’atteindre que par bateau.
Et puisque nous parlons de cascades pétrifiantes, il faut mentionner Orbaneja del Castillo (Prov. de Burgos). Ce village ancien, joliment restauré, est bâti au pied d’une résurgence, la Cueva del Agua (la Grotte de l’Eau). Le torrent serpente entre les maisons, puis s’écoule en petites cascades sur des vasques naturelles. C’est le calcaire contenu dans l’eau qui a contribué à la formation de ces vasques. L’intérêt du site ne s’arrête pas là, d’abord parce que le village se trouve au cœur d’un remarquable méandre de l’Èbre, et aussi parce qu’il est entouré de hautes falaises ruiniformes. L’érosion a taillé dans les bords du plateau des formes fantaisistes : arches, pilastres, etc. L’une des falaises a même reçu le nom évocateur de Risco de los Camellos (Falaise des Chameaux).
Revenons aux édifices de travertin, qui peuvent parfois atteindre des dimensions impressionnantes. Dans la province de Guadalajara, la Laguna de Taravilla est retenue par un barrage naturel de 30 m de large sur 100 m de long. Et chose curieuse, ce lac de 13 m de profondeur possède un fond plat et des bords parfaitement verticaux. Une forme liée au processus de croissance de cette vasque géante, qui se construit depuis le Pléistocène supérieur (entre -130 000 et -12 000 ans avant notre ère).
Encore plus grand ! Plus au Sud, partagées entre les provinces d’Albacete et de Ciudad Real, les Lagunas de Ruidera sont une succession de plus de 15 lacs, retenus par autant de barrages de travertin. Chaque barrage forme une petite cascade, plus ou moins préservée des interventions humaines. Le seizième barrage, quant à lui, a été artificialisé pour la production électrique. Au-delà de cet ouvrage commence le fleuve Guadiana, qui se jette dans le golfe de Cadix.
Les eaux pétrifiantes sont à l’origine d’un autre type de formation, moins connue : les gouttières de travertin. Ces canaux naturels croissent en hauteur au fur et à mesure de l’accumulation du calcaire sur le fond et les bords. On en voit un exemple dans la province d’Almeria : la Balsica Salobre (le Bassin Saumâtre). La source qui alimente ce bassin a traversé des couches de gypse et s’est chargée en sulfate de calcium, dont les cristaux se déposent le long du ruisselet. Au fil des siècles, c’est un véritable petit muret qui se construit.
Dans la province de Grenade, la source chaude d’Alicún de las Torres (34 °C) est à l’origine d’une gouttière de travertin géante, la plus grande d’Europe. L’Acequia del Toril est, comme son nom l’indique, un canal d’irrigation probablement creusé par l’homme à une époque indéterminée. Mais les dépôts de calcaire l’ont surélevé à une grande hauteur, puisqu’il peut atteindre les 15 mètres ! Sa longueur est de 1,6 km et des canaux « fossiles » sont visibles sur les côtés.
Les vasques naturelles sont en général constituées de calcite (carbonate de calcium). Elles peuvent aussi provenir des cristaux contenus dans les effluents des mines. Le célèbre rio Tinto, le rio Tintillo et d’autres cours d’eau de la province de Huelva sont pollués par les rejets des mines de cuivre. Leurs eaux sont très acides et chargées de métaux lourds toxiques. Pour les neutraliser on y ajoute du calcaire, ce qui entraîne la formation de concrétions de gypse en forme de vasques. Ces vasques contiennent aussi des oxydes de fer qui leur donnent leur couleur orangée.
D’autres minéraux contenus dans l’eau peuvent aussi cristalliser sur les rives, comme le long du rio Tinto où l’on observe de jolis cristaux verts translucides. Malheureusement, ce n’est pas de l’émeraude, mais un simple sulfate de fer oxydé appelé mélantérite.
Il y a d’autres lieux où les eaux oranges ne rebutent pas les baigneurs, mais cette fois il s’agit d’inoffensives sources salines. Comme dans la piscine de la Salí (saline) de Cambrils, dans la province de Lérida. La proportion de sel gemme et de gypse dans l’eau y est de 30 %, ce qui permet d’y flotter presque aussi bien que dans la Mer Morte, où la concentration est de 34 %. La couleur de l’eau est seulement due à des oxydes de fer.
Et puisque nous parlons de salines colorées, impossible de ne pas citer les lagunes salées de la côte médterranéenne. La plus célèbre est la Laguna Rosa de Torrevieja (prov. d’Alicante), avec sa belle couleur. Une couleur due à la présence de bactéries dont la membrane est rose (Halobacterium salinarium) et d’une algue unicellulaire qui produit du carotène (Dunaliella Salina). La concentration en sel est de 35 %, ce qui en fait le lac salé le plus productif d’Europe. D’anciens ouvriers des salines y plongent des maquettes de bateaux qui, en quelques jours, se couvrent de cristaux de sel scintillants. Ces bibelots insolites sont ensuite vendus aux touristes comme souvenirs.
Si le sel vous irrite la peau, rendez vous à la Playa de las Fuentes (Platja de les Fonts en valencien), à Alcossebre (ou Alcoceber), province de Castellón de la Plana. Des sources jaillissent à quelques centimètres sous la mer, en soulevant des petits volcans de sable. Elles délivrent 1 m3 d’eau douce par seconde, ce qui rend la mer moins salée à cet endroit.
Si vous préférez les bains chauds, vous trouverez en Galice beaucoup de sources thermales. La plupart sont captées par des établissements de santé, mais certaines jaillissent en plein air et sont libres d’accès. Les anciens thermes romains d’Aquis Querquennis (prov. d’Ourense) ont gardé leur aspect d’autrefois : quelques bassins à ciel ouvert, au bord d’un lac, en pleine nature. Ils sont alimentés par des sources d’eau bicarbonatées, agrémentées de fluor et de lithium, dont la température varie entre 36 et 48 °C.
Des bains à bulles sont également à votre disposition dans l’ancienne zone volcanique du Campo de Calatrava (prov. de Ciudad Real), où le gaz carbonique émis par le magma remonte par des failles. Des émanations qui s’accumulent dans des cavités (on appelle cela des mofettes), ou qui se dissolvent dans les eaux souterraines. Arrivées à la surface, les eaux recrachent le CO2 sous forme de petites bulles. Plusieurs sources ont été aménagées, avec des bassins pour les cures thermales, comme les Baños de Trujillo ou Hervideros del Emperador. Construits en 1847 près du fleuve Guadiana, ils ont été abandonnés depuis. Mais d’autres hervideros (bouillons) sont toujours en service dans la région.
Dans la même région, les remontées de gaz carbonique provoquent parfois des éruptions d’eau gazeuse, appelées chorros (jets d’eau). Ces geysers froids peuvent apparaître n’importe où, n’importe quand, et jaillir à plus de 30 m de hauteur. Comme en avril 2013 à Bolaños de Calatrava (prov. de Ciudad Real). L’éruption la plus récente a été signalée non loin de là, en juillet-août 2022.
Revenons un instant au sel, qui affleure dans de nombreux endroits en Espagne. Près de la ville de Cardona (prov. de Barcelone), il s’est accumulé à l’Éocène supérieur (-42 Ma), car la région était encore sous la mer à cette époque. Depuis, il est remonté des profondeurs de la terre comme une énorme bulle, car il est moins dense que les autres roches. Ces « bulles » sont appelées diapirs. La Muntanya de Sal de Cardona est l’un de ces diapirs, le plus grand d’Europe avec ses 120 m. Et il continue de croître en altitude! On peut y visiter une ancienne mine de sel où les concrétions sont très particulières, assez différentes de celles des grottes creusées dans le calcaire.
Sur le même diapir, un petit torrent a dissout le sel et percé une grotte aux concrétions encore plus spectaculaires, mais dont l’accès est réservé aux spéléologues. C’est la Forat Micó (le Trou du Singe, en catalan?).
Il n’y a pas que le sel qui ait été déposé par la mer dans le sous-sol espagnol : il y a aussi le gypse. On le trouve en abondance, et sous les formes les plus diverses. Par exemple, sous la forme de gros cristaux transparents dans la Geoda de Pulpí (prov. d’Almeria). Cette géode aux dimensions exceptionnelles mesure environ 10 m3. Elle a été découverte en 1999 dans une mine d’argent désaffectée. Bien qu’elle se trouve à 50 m de profondeur, son accès a été aménagé en 2020 pour permettre les visites touristiques.
Du gypse en cristaux, on en trouve aussi dans la province de Cuenca. Les Romains l’exploitaient pour en faire des vitres, ils l’avaient baptisé « lapis specularis », la pierre translucide. Ces vitres de gypse étaient exportées dans tout l’Empire. On a identifié 23 mines de lapis specularis qui firent la prospérité de la région de Cuenca, et en particulier de la ville antique de Segobriga, dont on peut voir les vestiges. Quatre mines historiques sont également visitables, sur rendez-vous et avec un accompagnateur. Les concrétions de gypse sont, là aussi, différentes de celles que l’on a l’habitude de voir dans les grottes calcaires.
Une autre région était connue des Romains pour la transparence de ses gypses : celle de Grenade. De grandes quantités de gypse s’y sont accumulées, comme par exemple autour du village de Sorbas. Par la suite, le sous-sol a été creusé par les eaux, formant une sorte de gruyère souterrain appelé Karst de yeso (karst de gypse) de Sorbas. Plus de mille gouffres y ont été répertoriés, menant à d’impressionnants réseaux souterrains. Bien que non aménagées, certaines cavités sont assez facilement visitables avec un guide.
La dissolution du gypse par les eaux de pluie s’observe aussi autour de Cuenca, où l’on voit de spectaculaires paysages karstiques. Comme le Complejo Lagunar de Ballesteros (ou de Arcas), où de grandes dolines circulaires parsèment la plaine verdoyante. Sous la couche de gypse, une nappe d’argile imperméable permet à l’eau de s’accumuler dans les gouffres.
À quelques kilomètres de là, dans la même province de Cuenca, ce sont les calcaires du Jurassique qui fondent sous l’action des eaux souterraines, provoquant des effondements en surface. Résultat : des groupes de dolines géantes comme les Torcas de Palancares (dolines sèches) ou les Cañadas del Hoyo. Ces dernières sont parfois remplies d’eau, et cette eau stagnante peut avoir un comportement étonnant.
En général de couleur bleu-vert, le Lagunillo de las Tortugas se colore parfois en rose. Des bactéries remontant des profondeurs en hiver seraient responsables de ce changement de teinte. Ces bactéries vivent habituellement dans des couches d’eau sans oxygène et ne se nourrissent que de soufre (un des composants du gypse). La dernière coloration signalée remonte à décembre 2021.
À l’inverse, la lagune de la Torca de la Cruz ne change de teinte qu’à la saison chaude. Dans les algues minuscules qui y vivent en suspension, la chaleur induit une augmentation de la photosynthèse, ce qui provoque une précipitation de la calcite présente dans l’eau. Les cristaux de calcite donnent alors à l’eau une couleur laiteuse, vert turquoise ou même blanchâtre.
L’érosion due à l’eau de pluie se produit aussi en surface, où elle agrandit les fissures et attaque les couches les moins résistantes. Il en résulte des chaos rocheux avec des cannelures, des formes pointues ou arrondies. Le Cerro del Hierro (province de Séville) est une colline de calcaire érodée à la fois par l’action de l’eau et par celles des hommes, car on y a exploité le fer depuis l’Antiquité pré-romaine.
On trouve d’autres aiguilles remarquables dans la province d’Alicante. Ce sont les Agullas de la Serrella, appellées aussi Frares (les Frères) de Quatretondeta, car elles ressemblent à des capuchons de pénitents. Les pluies, naturellement acides, ont attaqué la roche par le dessus, mais aussi par les côtés, en profitant des fissures. Ces fissures sont en général verticales, et elles forment des réseaux : on observe souvent deux rangées parallèles qui se croisent plus ou moins à angle droit.
D’autres aiguilles sont protégées de l’érosion par une couche de calcaire plus dure. C’est ce qu’on appelle des « demoiselles coiffées », un phénomène qui peut aussi se produire avec d’autres roches. Un bel ensemble d’aiguilles de calcaire est à découvrir dans les méandres d’une rivière, dans la province de Guadalajara. Ce sont les Frailes del Realto, qui évoquent elles aussi des processions de moines (frailes), mais sans capuchon cette fois.
Parfois les alternance régulières de couches dures et de couches tendres donnent aux aiguilles, en s’érodant, une allure de piles d’assiettes. L’exemple le plus célèbre est celui du Torcal de Antequera (prov. de Malaga), un chaos rocheux aux stries horizontales très marquées. On y voit, entre autres rochers étranges, une aiguille de pierre qui semble faite d’une dizaine d’«assiettes» empilées. Elle peut aussi évoquer une vis, c’est en tout cas son surnom officiel : El Tornillo.
Un autre exemple de rochers ruiniformes sculptés dans le calcaire stratifié : le Lapiaz del Malkaxko (ou Lapiaces de Andía), du nom de la Sierra de Andía, un grand massif de Navarre (parc naturel). C’est un vaste plateau calcaire, entaillé de fissures parallèles et perpendiculaires bien visibles : on dirait presque un dallage artificiel. Et ce plateau est percé par endroits par des dolines, où les failles agrandies forment des labyrinthes entre des rochers sculptés par l’érosion.
Les dalles de calcaire résistantes peuvent donc se fracturer en blocs larges, de la taille d’un rocher, d’une maison, voire d’un pâté de maisons. Et les fissures entre elles peuvent s’élargir jusqu’à former de véritables ruelles, « callejones » ou « callejuelas » en espagnol. On l’observe en plusieurs endroits, dont le plus fréquenté est la Ciudad Encantada (la Ville Enchantée) de Valdecabra (prov. de Cuenca). Dans ce site, la base des blocs est plus érodée que le sommet, ce qui les fait ressembler à des champignons.
Le même type d’érosion est à l’œuvre plus au Nord, dans la province de Palencia, avec le site de Las Tuerces (les Tordues). L’ensemble de rochers est moins impressionnant que celui de la Ciudad Encantada, mais il mérite un détour.
En d’autres endroits, les couches de calcaire ont été basculées de 90° et forment des crêtes. C’est le cas à Roques de la Vila (prov. de Huesca) où, après avoir été dressées verticalement, les lames les plus dures ont été dégagées des couches les plus tendres. Il en est résulté de longues murailles, qui semble hérissées de crénaux, et que l’on a baptisées Muralla China de Finestras.
Parmi les formes insolites que crée l’érosion du calcaire, il y a les arches naturelles. Elles sont le plus souvent des restes de cavités souterraines effondrées, et continuent de s’amincir sous l’action du gel et de la pluie. On les trouve généralement au bord des falaises, comme le Campanal (Clocher) de Piedrafita de Jaca (prov. de Jaca), une des plus grandes arches d’Espagne.
Très vaste elle aussi, l’arche de Penàguila (prov. d’Alicante) a la particularité de projeter son ombre au centre du village. Cet alignement astronomique se produit tous les ans autour du 13 décembre, jour de la Sainte-Lucie, d’où son nom : Arco de Santa Lucia.
À une trentaine de kilomètres à peine, se trouve une curieuse arche double : les Arcs d’Atancos ou de Castell de Castells (prov. d’Alicante). Les deux grandes ouvertures sont séparées par une mince colonne d’à peine 1 m de diamètre.
Est-ce une arche ou un tunnel ? Pour les habitants de ce village de la province de Burgos, c’est un pont sur lequel est construit leur village, le Puente Natural de Puentedey. Ici, comme au Pont d’Arc en France, la rivière a court-circuité un méandre et traversé un isthme, en perçant une cavité de 15 m de diamètre sur 30 m de longueur.
Un autre pont naturel, plus modeste, est à voir dans un ravin près de Barcelone, c’est le Pont Foradat (percé) de Les Arnaules. C’est tout ce qui reste d’une dalle de calcaire qui devait être fragilisée par de grandes fissures parallèles. Aujourd’hui le pont rocheux mesure 27 m de long, dont 13,2 m suspendus au-dessus du vide ; il est très étroit, avec une largeur variant entre 2,7 m et 0,85 m. Sa hauteur au-dessus du ruisseau atteint 10,7 m.
Des ponts naturels aux grottes marines, il n’y a qu’un pas ! En bord de mer, c’est la force des vagues qui creuse ces cavités et non des rivières d’eau douce. Et si la grotte marine est percée d’un trou à son autre extrémité, cela peut donner naissance à un trou souffleur. En entrant avec force dans la cavité, la vague se comporte comme un piston, qui va chasser un mélange d’air comprimé et d’écume à travers une fissure, provoquant un panache de vapeur intermittant. Les Bufones (souffleurs) de Pría, dans les Asturies, sont parmi les plus impressionnants d’Europe, par leur nombre et leur hauteur. Il vaut mieux les admirer quand la houle est forte, car par temps calme ils se comportent comme des souffleurs secs.
À propos de souffleurs secs, il en est un qui est particulièrement puissant : c’est le Bufador de es Cap de Banyos, sur l’île de Minorque (Baléares). Il est capable de projeter la plupart des objets qu’on lui tend à plusieurs mètres de hauteur.
Un autre souffleur, humide celui-là, arrose les maisons d’un petit port de la province de Castellón de la Plana, c’est le Bufador de Peñiscola. Sa grotte marine passe sous les murailles de la ville et débouche au bout d’une impasse, près de la terrasse d’un bar. En cas de tempête, mieux vaut rentrer les tables et fermer les volets, car le « geyser » inonde toute la rue !
Quand une grotte marine s’enfonce profondément sous une falaise, elle peut s’effondrer comme toute autre cavité souterraine. C’est ce que l’on appelle une doline de marée. La cavité est alors ouverte sur l’extérieur et l’érosion va l’élargir. À marée haute, la mer peut y amener de l’eau et du sable et créer une plage à l’intérieur des terres. C’est le cas pour deux plages des Asturies, celles de Gulpiyuri et d’El Cobijero (l’Abri).
À part le granite et le calcaire, un autre type de roche est à l’origine de reliefs spectaculaires : c’est le conglomérat. C’est une roche sédimentaire faite de galets soudés entre eux par un ciment naturel. On en trouve de nombreux affleurements sur tout le piémont méridional des Pyrénées, remarquables par leurs grandes aiguilles de pierre aux sommets arrondis. On les appelle localement ces aiguilles « mallos ». Le site le plus étendu est la Muntanya de Montserrat, près de Barcelone. Un parc naturel hérissé de dizaines de pains de sucre.
Un autre exemple connu d’affleurement de conglomérat : les Mallos de Riglos, dans la province de Huesca. Mais on peut leur préférer les Mallos de Ligüerri, qui surplombent le beau lac de barrage de Vadiello (prov. de Huesca).
Parfois des couches de marnes, d’argiles ou de grès s’intercalent avec le conglomérat, ce qui ajoute de nouvelles couleurs. C’est le cas dans le magnifique Congost (canyon) de Fraguerau, dans la province de Tarragone, dont les étonnants rochers gris en forme de champignons sont soulignés par des strates orangées.
Passons aux sables et aux argiles qui, en Espagne, se sont accumulés en grandes quantités dans des régions autrefois recouvertes par la mer, ou dans d’immenses lagunes, ou dans les vallées des grands fleuves. Du sable, il y en a bien sûr en bord de mer, où les courants et le vent peuvent le transporter en grandes quantités. Comme dans la province de Cadix, où l’on trouve de grandes dunes mobiles, comme les Dunas de Bolonia ou les Dunas de Valdevaqueros.
Des dunes blanches, on en trouve également à l’intérieur des terres, dans les déserts ou les badlands. Le Desierto de Abanilla (prov. de Murcie) est un dépôt de sable marin lessivé par la pluie : il ne reste que du kaolin, une matière très blanche.
D’autres badlands sont plus colorés, car ils ont gardé leurs oxydes de fer. Des couleurs et des formes d’érosion qui rappellent les paysages de l’Ouest américain. C’est le cas des Badlands de Purullena, appelées aussi Cárcavas de Marchal (prov. de Murcie). Dans ces sables argileux, l’eau a creusé des chenaux verticaux ; une forme extrême d’érosion appelée appelée «piping» (tuyauterie) par les géologues. Quant au mot «cárcavas», c’est l’équivalent espagnol de «badlands».
Dans la Rambla de Barrachina, les cannelures verticales se croisent avec des strates horizontales plus résistantes. Cette vallée creusée dans les ocres a été surnommée le Cañon Rojo (le Canyon Rouge) de Teruel, dans la province du même nom.
Encore plus colorées, les argilites du Puerto de Acher (col d’Acher, prov. de Huesca) sont d’un rouge brique. Elles ont gardé toute leur couleur, malgré leur âge très ancien : ce sont des alluvions issus de l’érosion de la chaîne varisque, une chaîne de montagne disparue au Permien (entre -299 et -252 millions d’années).
Les argiles du Keuper sont plus bariolées (le Keuper est une période géologique qui fait partie du Trias, à l’ère Secondaire). Ces argiles ont été déposées au fond de la mer il y a plus de 200 millions d’années. On y distingue du rouge, de l’ocre, du jaune, du blanc et même du vert. La teinte varie selon le degré d’oxydation et d’hydratation du fer contenu dans ces sables argileux. Le meilleur exemple est celui du Barranco Rojo de Las Salinas, dans la province d’Alicante.
Les badlands ne sont pas toujours de grande taille. On trouve en espagne des ravinements très localisés, comme les Cárcavas del Pontón de la Oliva (prov. de Guadalajara) qui ressemblent à un amphithéâtre de 200 à 300 m de diamètre, rempli de cheminées de fées.
Dans la province de Cuenca, l’amphithéâtre du Cañón de Talayuelas dépasse à peine les 150 m de diamètre. Ses circonvolutions ont un aspect organique, dû à l’érosion différenciée entre les couches tendres et des couches plus dures. On y voit quelques demoiselles coiffées : des cheminées de fées portant un couvercle fait d’un matériau plus résistant.
Un autre mini-site, où même les cheminées de fées sont en miniature : les Aguarales de Valpalmas (prov. de Saragosse). Dans ce ravin d’à peine 6 mètres de profondeur, la plupart des aiguilles de terre sculptées par l’érosion sont à taille humaine.
À l’inverse, dans la province de Jaén, le Puente de Tierra et d’autres arches creusées dans le sable argileux ont des mensurations gigantesques. On estime l’ouverture de ce Pont de Terre à une vingtaine de mètres de hauteur, soit la taille d’un immeuble de 7 étages.
On trouve parfois des choses surprenantes dans les sédiments, comme les Sismitas de Galera (prov. de Grenade). Ces énormes « grumeaux » arrondis, appelés séismites en français, se sont formés au fond d’un lac, il y a un million d’années environ, lors de tremblements de terre successifs. Les vibrations ont liquéfié les couches inférieures de vase, moins denses et roulé en disques les couches supérieures plus denses. Ces séismites, dont certaines atteignent les 4 mètres de diamètre, sont les plus spectaculaires de notre planète.
